Voyage à Rome, édition 2.0

Il y a deux ans, la Plateforme était allée à Rome pour une petite semaine. Cette année, nous avons retenté une expérience qui en avait décoiffé plus d’un. L’équipe : 15 jeunes curieux (de Plateforme ou de CGE-Ile-de-France[1]), et le Père Christian, sj[2], notre bon[3] pasteur. Le voyage, dans l’idée : un mélange, ouvert à tous, entre […]

Voyage à Rome, édition 2.0

Il y a deux ans, la Plateforme était allée à Rome pour une petite semaine. Cette année, nous avons retenté une expérience qui en avait décoiffé plus d’un.

L’équipe : 15 jeunes curieux (de Plateforme ou de CGE-Ile-de-France[1]), et le Père Christian, sj[2], notre bon[3] pasteur.

Le voyage, dans l’idée : un mélange, ouvert à tous, entre des vacances ensemble (prendre du temps gratuit pour se dépayser) et un pèlerinage à la rencontre de l’Eglise universelle et des jésuites de Rome.

Le voyage, en pratique : 3, 4 ou 5 jours (selon les disponibilités) en février pour rencontrer des responsables de toutes les dimensions (ou presque) de la Compagnie de Jésus mais aussi des jeunes de la Sapienza[4], pour arpenter Rome à pied et visiter ses plus fameux monuments, et bien sûr pour faire son stock de soleil et de glaces avant d’affronter la grisaille parisienne du retour ! De la place des femmes dans l’Eglise au dialogue islamo-chrétien, en passant par l’écologie, la jeunesse, la structuration des provinces, le mode de vie des premiers Chrétiens ou l’art sacré : aller à Rome et y rencontrer des jésuites, c’était autant de manières de nous ouvrir les toutes grandes portes des esprits et des cœurs.

L’une des plus belles expériences de ce voyage a été de se retrouver face aux mosaïques de l’artiste Rupnik sj, dont nous avons visité l’atelier.

Sur celle-ci, qui habille la chapelle de la Curie Jésuite, on reconnait l’Annonciation[5]. On y voit l’Ange porteur du rouge divin qui apporte à la Vierge la Parole, tissée dans sa chair même. Le cadre doré se détache du noir qui fait le fond, tandis que l’Esprit Saint couronne la scène.

J’ai été touchée par la vie qui jaillit de la mosaïque. Chaque petite pierre a son éclat, sa forme, son relief et son grain particulier. Prise seule, elle est unique et belle mais ne représente rien ; ensemble, les pierres suggèrent tout, et laissent en même temps l’œil qui regarde s’attarder de sa manière propre sur chaque aspérité. Je trouve que c’est une belle image de ce que nous sommes, « pierres vivantes » d’une Eglise qui, à la manière de la mosaïque, peut être un lieu de sens et de beauté, pour la plus grande gloire de Dieu. Une Eglise que nous construisons aussi, chacun à notre échelle.

En mosaïque, donc, quelques pierres précieuses que nous rapportons de ce voyage :

  • Qu’est-ce que faire communauté ?: la visite d’une « domus ecclesiae »[6] avec l’incroyable Jean-Paul, sj, ainsi que la lecture en intégralité d’une lettre de Saint Paul, nous suggèrent ce que pouvaient être les premières communautés chrétiennes, des communautés où se déployait un « art de vivre chrétien »[7] d’une très grande sobriété. Nous sommes invités à trouver un lieu où nous pouvons partager l’orientation de nos vies (communier), tout en restant ouverts à ceux qui ne partagent pas notre foi. Célébrer ensemble la messe en cercle, dans la petite chambre en bois où est mort Saint Ignace, avait un goût de défi et de simplicité.
  • S’ouvrir à la dimension universelle de l’Eglise: à la Curie jésuite arrivent des informations sur le Congo, le Japon, l’Argentine ou la Pologne. On a du mal à l’imaginer à notre niveau, mais si les débats autour de la famille sont, pour nous Français, le mariage homosexuel, à Rome on est tout autant concerné par la polygamie en Afrique; nous nous demandons comment réformer le MEJ[8] en France ? le mouvement s’appelle toujours Croisade Eucharistique au Nord Kivu. Frederic Fornos sj, responsable de la branche Jeunes des Jésuites, nous a raconté un voyage récent au Congo, et nous a fait nous rendre compte de la solitude de certaines communautés qu’il est allées visiter. Elles l’attendaient, dans la brousse, avec un cœur brûlant. Par leur persévérance dans la foi malgré tout, les plus isolés nous offrent une sacrée leçon de fidélité.
  • Générosité: nous sommes nombreux à avoir été marqués par la paix rayonnante et la disponibilité de tous ceux qui nous ont reçus, sont venus à notre rencontre et nous ont accordé du temps. La gratuité du temps offert. Le secret d’Antoine Kerhuel sj : une heure de promenade (très) matinale chaque jour, seul ; une demi-journée par semaine consacrée au service le plus simple ; une escapade au vert le week-end.
  • « Qui imagine ma vie pour moi ? », nous a demandé John Dardis, sj. Les media ? Mon milieu social ? Mes héros télévisés ? Mes parents ? Qui trace mon avenir, qui dessine mes rêves ? Face au désabus d’une partie de la jeunesse, et avant de s’installer dans des habitudes délétères, chacun est invité à trouver des lieux où il peut imaginer le monde autrement. La mission de la Plateforme pourrait être d’accompagner chacun pour trouver ce lieu, intime, particulier, avec toute notre audace et notre créativité.
  • « Qu’est-ce que je gagne à me laisser transformer ? » La rencontre avec Amaya, la présidente de JRS[9] monde, nous a rappelé, en tant que jeunes, la nécessité d’une rencontre personnelle avec les réfugiés, « voir et faire voir le visage et l’histoire des réfugiés », pour faire tomber les préjugés. Et surtout, ne pas se laisser décourager par les discours de haine, les résistances, les peurs de l’inconnu : le point de départ et le cœur de toute action doit être la fraternité.
  • « Peut-on changer les choses ? » L’enthousiasme du Pape François est communicatif. « Va, enflamme le monde ! » encourage Ignace de Loyola. Alors que nous usions nos chaussures sur les pavés de la Via Appia, comme Pierre après le « Quo vadis ? »[10], nous en avons pris conscience : depuis 1800 ans, des hommes et femmes sont animés d’un grand désir. Ils ont parcouru le monde à pied et continuent de le faire. Au risque de mourir, à l’exemple des religieux dans les régions les violentes du Congo. Et surtout en prenant le risque de vivre.

Tout cela nous a donné envie d’écrire une lettre au Pape au nom de la Plateforme : on vous en donnera des nouvelles !

[1] Chrétiens en Grandes Ecoles : parmi les responsables d’aumônerie des grandes écoles d’Ile-de-France, 4 représentants organisent chaque année un voyage de 4 jours de théologie, coordonnent les actions des aumôneries, proposent des rassemblements …

[2] Societas Jesu : placé après un nom, l’abréviation sj signifie que la personne est jésuite.

[3] Et beau, puisqu’en grec l’adjectif utilisé dans l’expression « bon » pasteur est en fait « kalos », beau.

[4] L’Université de Rome (l’équivalent de notre Sorbonne), la plus grande d’Europe.

[5] L’ange Gabriel, envoyé par Dieu, annonce à Marie, une jeune fille vierge, que Dieu l’a choisie pour mettre au monde Son fils. Marie accueille la parole de l’Ange avec le « oui » fondateur de la divine humanité du Christ.

[6] Maison de riches Romains du 1er siècle qui accueillait la communauté (clandestine ou non selon les périodes), pour célébrer.

[7] Selon l’expression utilisée par le Pape François dans la lettre aux jeunes pour préparer le Synode sur la jeunesse, disponible par exemple ici: https://angouleme.catholique.fr/Lettre-du-pape-aux-jeunes

[8] Mouvement Eucharistique des Jeunes : mouvement de jeunesse (6-17 ans) de spiritualité ignacienne (www.mej.fr)

[9] Jesuits Refugees Service : le Service Jésuite des Réfugiés, qui participe à l’accueil de Réfugiés partout dans le monde, et particulièrement actif en France. (https://en.jrs.net)

[10] Lors de la persécution des Chrétiens à Rome, Pierre, disciple du Christ, quittait la ville pour continuer sa mission d’évangélisation dans le reste du monde. Sur la Via Appia, il rencontre Jésus lui-même, qui lui explique qu’il va se faire crucifier une seconde fois, à sa place. Comprenant l’invitation du Christ à faire demi-tour, Pierre retourne à Rome partager le sort des Chrétiens.

Raphaëlle et Jean-Victor

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